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Le Nouvel Observateur. – Au cours de son
histoire, le freudisme a été l’objet de contestations diverses, de nature
philosophique, politique, épistémologique, psychiatrique... Aujourd’hui, ce
sont sur les aspects historiques que se concentre de plus en plus la
critique. Pourquoi cette focalisation sur la genèse du mouvement?
Jacques Van Rillaer. – Parce que
l’histoire est au centre de la psychanalyse. Sigmund Freud l’a toujours dit:
pour comprendre la psychanalyse, il faut faire son histoire. Or les
psychanalystes présentent leur discipline comme une création ex nihilo du cerveau de Freud. Ils tiennent Freud pour
absolument inaltérable et indépassable – ce qu’on ne retrouve dans aucune
discipline scientifique. Un créateur aussi grandiose ne pouvait laisser
insensibles les historiens. De fait, après les hagiographes, un historien
indépendant, Henri Ellenberger (1), s’est penché
sur la question dans les années 1970. Et ce qu’il a découvert est
sensationnel. Ellenberger a mis en lumière tout ce
que la psychanalyse emprunte, sans trop l’avouer, à la pensée de son époque,
notamment au Viennois Moritz Benedikt et au
Français Pierre Janet. Par ailleurs, en faisant un travail de détective sur
le fameux cas Anna O. présenté comme le cas fondateur de la psychanalyse, Ellenberger a fait une découverte renversante dans les
archives d’un sanatorium suisse: non seulement la fameuse «cure par la
parole» n’avait pas guéri cette patiente «de tous ses symptômes», ainsi que
l’a toujours affirmé Freud, mais elle était devenue gravement morphinomane et
avait dû être placée dans une clinique psychiatrique! Depuis, bien d’autres
travaux ont été publiés dont il ressort que, sur le front de la théorie comme
sur celui de la clinique, les résultats de Freud sont
largement surestimés. Et pourtant, on continue de chanter son génie sans
égal, on s’extasie devant sa «découverte» de l’inconscient, on l’admire pour
avoir été «le premier» à parler librement de sexe, on lui prête des guérisons
merveilleuses. Bref, on croit en Freud comme on croit dans les Evangiles.
Alain de Mijolla. – Quand vous dites «on»,
j’aimerais savoir de qui vous parlez. Evitons les amalgames. La psychanalyse
n’est pas un monolithe, il existe de nombreuses sociétés de psychanalystes,
de nombreuses théories issues du freudisme. C’est cette très riche fermentation
que j’ai voulu illustrer dans le «Dictionnaire international de la psychanalyse»
(Calmann-Lévy, 2002) auquel ont contribué freudiens, jungiens, adlériens,
férencziens, kleiniens, lacaniens, etc. Pour
nous tous, Freud n’est évidemment pas une idole, c’est un homme qui
a commis des erreurs et des fautes. Mais cessons de nous obnubiler sur
les quelques patients les plus connus et de ratiociner sur Anna O.,
qui n’a jamais été traitée par Freud. N’oublions pas qu’il a traité
des centaines, voire des milliers de patients, même s’il n’en a cité
que six ou sept. En tout cas, aucun d’entre eux n’a éprouvé le besoin
de le poursuivre pour faute médicale en quarante ans d’exercice. J’aimerais
aussi plus de précision chronologique. En 1900, personne ne saluait
le génie de Freud. Le succès viendra après des années de travail acharné.
Après-guerre, aidée par le charisme de Jacques Lacan, la psychanalyse
connaît une expansion extraordinaire. Depuis, elle a retrouvé des proportions
plus normales. Ce qui compte, ce sont les millions de personnes qui
ont trouvé enrichissantes ces conceptions et ces pratiques qui permettaient
pour la première fois un rapport différent avec les patients, fondé
sur l’écoute. Nous avons compris avec Freud qu’il y avait plus à gagner
à faire une étude sur soi-même qu’à se précipiter sur les symptômes
pour les éradiquer au plus vite. La guérison n’a d’ailleurs jamais été
son but, mais un bénéfice secondaire qui advenait au détour du parcours
analytique.
N. O. – Quel était son but?
A. de Mijolla. – L’autoanalyse,
c’est-à-dire rechercher à l’intérieur de soi les processus inconscients, pas
à pas, en tâtonnant. Cette entreprise majeure s’est poursuivie tout au long
de sa vie. Il y a trouvé quelque chose qui lui a servi, et qui nous sert
aujourd’hui. Aucune recherche au monde, en quelque domaine que ce soit, ne
peut se faire à mon avis sans cette plongée au fond de soi-même, dans le
réservoir de l’histoire intime de ses sensations, ses amours et ses haines.
Chaque individu doit refaire son histoire, mais en sachant qu’elle est toujours
faussée. Dans mon livre «Préhistoires de famille» (PUF, 2004), j’ai titré le
premier chapitre en hommage à Cocteau «Un souvenir est un mensonge qui dit
toujours la vérité». Il en va de même pour l’Histoire des historiens: elle
n’est pas plus à l’abri de cette ambiguïté, car aucun fait n’échappe à la
contradiction des témoignages.
J. Van Rillaer. – L’idolâtrie vouée à
Freud n’est guère contestable. Je vous suggère d’ouvrir n’importe quelle
revue de psychanalyse, il en existe des dizaines. Vous verrez Freud cité à
longueur de page, tout comme les Ecritures saintes sont citées dans les
ouvrages de théologie. J’ai moi-même cru à la psychanalyse, j’ai fait ma
thèse de doctorat sur Freud, j’ai été psychanalyste. Je m’en suis détaché
petit à petit, comme dans une déconversion
religieuse. Ma rencontre avec l’Histoire y est pour quelque chose. J’avais
entrepris des recherches pour un livre qui devait s’intituler «Science et
illusions en psychanalyse», j’ai découvert que toutes ces notions qu’on tient
pour freudiennes – l’inconscient, la libido, le refoulement, la sexualité
infantile, etc. – étaient à attribuer à d’autres, à Schopenhauer, à
Nietzsche, à Albert Moll...
Même le lapsus – qui pour beaucoup aujourd’hui ne
peut être que «freudien» – avait
déjà fait l’objet de plusieurs ouvrages et
d’un numéro spécial de la «Psychological
Review». Hans Gross, le père de la psychologie
judiciaire, qui s’en servait pour détecter les faux témoignages, en parle dès
1880! Ce genre de déconvenue est à l’origine de nombreux travaux d’historiens
critiques.
A. de Mijolla.
– J’ai pour ma part rencontré Montaigne à
l’âge de 15 ans, et il est resté mon maître
à penser. J’ai débuté mon analyse
après avoir passé l’internat des hôpitaux
psychiatriques. Depuis, j’ai accompagné le mouvement sans
jamais devenir «un croyant». J’estime que les
idées de Freud nous conduisent à une mise en doute
systématique, à la Montaigne, de tous les
phénomènes psychiques et de toutes les explications qui
leur sont données – un doute non pas étroit, mais
au contraire ouvert sur un questionnement infini... C’est
pourquoi je vous envie parfois d’avoir des croyances si fermes,
des méthodologies si solides. Mes convictions sont moins
confortables. A mes yeux, la psychanalyse avec un petit p est un
ensemble d’hypothèses sans cesse remises en question,
très loin du culte d’une idole ou d’une discipline
dressée comme un monument sur son socle. Ceux qui croient
à la psychanalyse comme à un dogme finissent un jour par
se rebeller contre elle, et ils se montrent aussi dogmatiques dans
leurs attaques qu’ils l’ont été dans leur
adoration.
N. O. –Y a-t-il du dépit amoureux chez les historiens
critiques? Ne semblent-ils pas s’acharner à démolir un mythe, à brûler ce
qu’ils ont adoré?
J. Van Rillaer. – Au départ, je pense
qu’ils étaient tout sauf animés d’un dépit vengeur.
Ceux que je connais sont des universitaires sérieux, qui menaient leurs
recherches en toute bonne foi et parfois en toute sympathie. Ils sont tombés
sur une espèce de pot aux roses qui les a fait complètement changer d’avis.
Par exemple Han Israëls, de l’université de
Maastricht, si peu critique qu’il a été autorisé à fouiller dans les archives
Freud à Londres, a été choqué en découvrant fortuitement un mensonge
caractérisé de Freud à propos de la cocaïne: alors même qu’il avoue dans ses
lettres à sa fiancée que l’ami morphinomane qu’il traite avec de la cocaïne
va de plus en plus mal, souffre d’idées délirantes – ce qui oblige Freud à le
veiller la nuit –, au même moment il n’hésite pas à affirmer dans une publication
scientifique que la cocaïne est un excellent remède contre la morphinomanie!
Un autre historien des sciences, Frank Sulloway,
partant de prémisses favorables à la psychanalyse, se demande pourquoi tous
les cas présentés par Freud sont des échecs. Et il est le premier étonné en
découvrant que Freud n’a jamais réussi à guérir un patient réellement malade.
En fait, son activité clinique s’est progressivement détournée des troubles
obsessionnels, des agoraphobies et autres problèmes difficiles, pour s’orienter
vers ce qu’on appelle l’analyse didactique – celle qu’il impose à tout
candidat au titre de psychanalyste voulant être reconnu par lui.
A. de Mijolla. – Pour ma part, je replace
l’épisode de la cocaïne dans le contexte humain de la tentative d’un
jeune homme de 28 ans désireux de gagner assez d’argent pour mettre
un terme à ses longues fiançailles avec Martha.
Freud était encore un étudiant pauvre dépendant de l’aide financière
de ses demi-frères et des institutions juives. Sans doute a-t-il eu
des périodes d’angoisse par rapport à l’argent. Il avait lu dans plusieurs
revues scientifiques que la cocaïne était utilisée avec succès en Amérique.
Qu’il ait espéré tirer gloire et succès de l’importation de ces idées,
qu’il les ait appliquées trop hâtivement à son ami, ce n’est pas niable,
mais vous oubliez de souligner qu’il a rapidement fait marche arrière.
Quand on fouille les poubelles de l’histoire, on trouve des comportements
que réprouve la morale bourgeoise du XIXe siècle. Ce n’est pas la fréquentation
de ces poubelles qui me choque – j’en ai remué quelques-unes moi-même
–, mais les remarques malveillantes que l’on en tire. Et l’anachronisme
total de ce genre d’observations! De même, certains critiques insistent
sur la différence qui existe entre les écrits publiés et les lettres.
C’est oublier que les publications, comme leur nom l’indique, sont destinées
à un public qu’il faut à tout prix convaincre, voire séduire, pour affermir
sa propre réputation. Je ne pense pas que cette attitude soit réservée
au seul Freud...
N. O.
– Les historiens sont-ils d’accord pour reconnaître
que ces cas célèbres sont discutables, qu’ils ont
été présentés de façon
biaisée?
A. de Mijolla. – Dans les années
1980-90, j’ai moi-même discuté en détail toutes ces erreurs et ces
distorsions – elles sont repérées depuis longtemps – dans un séminaire et un
cours public consacrés à l’histoire de la pratique de Freud. Je n’approuve
pas ces écarts, mais chaque cas était pour Freud l’occasion de présenter ou
d’approfondir une notion. Le texte qu’il a tiré de l’analyse de l’homme aux
rats pour parler de la névrose obsessionnelle, par exemple, faisait l’impasse
sur la mère pour se trouver entièrement axé sur la paternité. Lorsque vous
êtes plongé dans un sujet, uniquement préoccupé par les idées importantes que
vous voulez faire connaître, vous ne vous souciez pas des détails. Etant un
passionné moi-même, j’ai tendance à le comprendre. Les récits de cas sont
toujours approximatifs, on transpose, on modifie tel détail qui ne change pas
l’abord conceptuel que l’on entend promouvoir. D’ailleurs le cas que l’on
présente a été vécu à deux, il est forcément passé par le moulinet de la
personnalité du psychanalyste ou du psychothérapeute.
J. Van Rillaer.
– C’est un fait que Freud n’hésite pas
à mettre sa pratique thérapeutique au service de sa
théorie du moment. En 1896, Freud est persuadé que les
troubles de ses patientes hystériques s’expliquent,
«dans tous les cas et sans exception», par des abus sexuels
subis dans l’enfance ou au moins par une
«séduction» de la part de leur père. Mais ses
patientes ne lui ont pas révélé
d’elles-mêmes l’horrible secret. C’est lui,
écrit-il, qui s’acharne pendant des centaines
d’heures à leur arracher, «morceau par
morceau», le récit des hypothétiques traumatismes.
C’est ce qu’on appelle en thérapie une
«suggestion» ou un «conditionnement»
particulièrement lourd. On fait dire au patient ce qui est
conforme à la théorie. Et puis Freud abandonne soudain sa
fameuse théorie de la séduction. Il n’y a pas eu de
séduction ni d’abus, dit-il, il n’y a eu que des
fantasmes dus à un désir sexuel inconscient
éprouvé dans l’enfance vis-à-vis du
père! Et peu importe si, pour les besoins de la nouvelle
théorie, les pseudo-aveux
péniblement extorqués sont désormais
présentés comme des récits spontanément
racontés par «toutes» les malades. Ce qui compte,
c’est le concept...
N. O. – Que pensent les psychanalystes de ces arrangements avec
la vérité?
A. de Mijolla.
– Le tournant de ce qu’on appelle la théorie de la
séduction vers la théorie du fantasme est un des fruits
de l’autoanalyse de Freud. Il a longtemps cru avoir trouvé
dans la séduction par le père une explication imparable.
Mais après la mort de son propre père, en 1896 –
l’année où pour la première fois
apparaît le mot «psychoanalyse» –, il s’interroge: cet homme était-il vraiment
un pervers? Je trouve admirable ce revirement qui lui fait abandonner
en deux mois en 1897 une hypothèse longtemps défendue et qui lui permettra
de découvrir l’Œdipe, en réfléchissant sur
son enfance, en interrogeant sa mère, sa nourrice, en s’inspirant de
ce que lui apportent ses patients. C’est là que naît vraiment la psychanalyse,
avec l’analyse des rêves qui prendra la place laissée vacante par la
recherche du traumatisme. Quelle erreur de considérer la psychanalyse
comme un mode de pensée clos, qui serait condamné dès lors que l’on
trouverait son maillon faible! Pour ma part, je vois dans ces faits,
retrouvés après coup, des portes vers des perspectives nouvelles. Freud
est un découvreur – lui-même se définissait comme un conquistador –
parti dans un voyage conceptuel dont il ne pouvait savoir au début ce
qui se révélerait au fur et à mesure, comme Christophe Colomb parti
à la recherche de l’Inde. Il a vécu une vie admirable, exemplaire par
sa démarche, certes bien sinueuse, mais si elle avait été toute droite
il aurait été considéré à raison comme un dangereux paranoïaque.
N. O. – Peut-on estimer aujourd’hui que la psychanalyse a fait
ses preuves, qu’elle est valable et fondée?
J. Van Rillaer. – Cette question a
été étudiée par les philosophes des sciences, à la suite de Karl Popper. Leur
conclusion, pour simplifier, est que la psychanalyse a tendance à s’immuniser
contre la preuve. Exemple: un petit garçon aime sa mère et veut tuer son
père? C’est l’Œdipe. S’il est agressif à l’égard de
sa mère et affectueux avec son père – c’était le cas du petit Hans –, Freud
dit: l’agressivité exprime en réalité un désir incestueux inconscient
vis-à-vis de la mère. Quant à l’affection, c’est une formation réactionnelle
au désir de tuer son père. Toujours l’Œdipe. A tous
ceux qui n’ont pas eu l’impression d’éprouver ce genre de désir, les
freudiens expliquent qu’il ne faut pas prendre cette histoire à la lettre: la
mère exprime quelque chose de plus large, c’est la Nature; le père, c’est la
Loi... C’est comme quand on vous dit: Adam et Eve n’ont pas existé, c’est un
mythe, mais il y a plus de vérité dans le mythe – on appelle cela la «vérité
narrative» – que dans le fait historique. Moyennant quoi vous êtes prié de
continuer à croire que nous payons les bêtises d’Adam et Eve – et que tout le
monde passe par le complexe d’Œdipe. C’est
irréfutable – «infalsifiable» dans les termes de Popper. Et cela pose
d’autant plus de problèmes que Freud a fait de l’Œdipe
le complexe nucléaire non seulement de toutes les névroses, mais aussi de la
religion, des lois, de la morale, de l’art, de la civilisation...
A. de Mijolla. – A mes yeux, le problème
de la preuve n’existe pas, c’est une notion primaire qu’il faut apprendre
à dépasser. J’ai eu jadis l’envie de rédiger un libelle qui se serait
intitulé «Contre Sainte-Preuve»! Quand j’écris
un livre, que je suggère telle ou telle chose, je n’apporte ni ne demande
des preuves. Je propose des exemples qui me semblent intéressants afin
que le lecteur fasse son chemin. C’est ce chemin fait par le lecteur
ou le patient qui peut éventuellement constituer une preuve, mais une
preuve toute personnelle. La psychanalyse renvoie à l’individu et non
à quelque approbation collective. L’individu est toujours seul, les
théories freudiennes peuvent lui donner un bâton d’aveugle qui permet
d’avancer dans la pensée, dans la recherche de sa propre histoire.
N. O. – Et si on doute de la solidité du bâton d’aveugle?
A. de Mijolla. – S’il vous paraît
caoutchouteux, vous vous levez du divan et vous partez. Ça n’a pas marché
pour vous. C’est tout. J’y ai trouvé personnellement des choses qui m’ont
aidé à vivre, m’ont permis de me passionner pour une foule de sujets et
d’avancer.
J. Van Rillaer. – Je crois que nous
sommes d’accord. Je pense qu’il y a d’une part des gens comme moi qui sont
préoccupés de preuves, de scientificité, d’efficacité thérapeutique. Et
d’autre part des gens qui recherchent une sorte de sagesse, de philosophie,
voire de spiritualité. Je n’ai rien à objecter à cela, pas plus qu’au
bouddhisme ou au yoga, mais à condition que le public soit informé de
l’existence de plusieurs approches. La mienne, les thérapies comportementales
et cognitives, se fonde sur les enseignements modestes, partiels – mais
vérifiables – de la psychologie scientifique. Contrairement à la
psychanalyse, c’est une discipline qui utilise une poubelle: quand une
hypothèse n’est pas vérifiée, elle va à la poubelle et laisse la place à une
autre. C’est ce qui nous a permis d’apprendre à mieux soigner les anxieux,
les phobiques, les patients qui souffrent de troubles obsessionnels et
compulsifs, etc., en abandonnant des concepts et des pratiques qui n’ont pas
fait leurs preuves. Mais attention: si mes méthodes sont rigoureuses, elles
ne m’empêchent pas d’évoquer Sénèque avec un patient qui me parle de la mort.
A. de Mijolla. – Puissent tous les
comportementalistes partager une telle ouverture! Je pense que la
psychanalyse a souffert d’avoir occupé trop de place, d’avoir exercé une
domination excessive au sein de l’intelligentsia, surtout en France dans les
années 1970-80. Je me réjouis qu’elle retrouve peu à peu sa vraie dimension,
qui ne peut concerner directement le plus grand nombre. Et surtout j’attends
le prochain Freud, qu’il soit homme, femme ou groupe de personnes, qui saura
opérer dans un futur inconnu une fusion aussi riche et brillante qu’a été
celle de Freud, une nouvelle cristallisation des infinies potentialités
éparses de son époque. D’ici là, la psychanalyse me semble incontournable.
(1) «Histoire de la découverte de l’inconscient», Fayard (1994).
Jacques Van Rillaer
Psychologue, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve. Il est l’auteur
de «Psychologie de la vie quotidienne» (Odile Jacob, 2003) et coauteur du
«Livre noir de la psychanalyse» (Editions des Arènes, 2005).
Alain de Mijolla
Psychiatre, psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris,
président fondateur de l’Association internationale d’Histoire de la
Psychanalyse. Il a dirigé le «Dictionnaire international de la psychanalyse»
(Calmann-Lévy, 2002) et publié en 2003 « Freud, fragment d’une histoire »
(PUF) et en 2004 «Préhistoires de famille» (PUF).
Ursula
Gauthier
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