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La newsletter, N° 6, Avril 2005 |
Je profite d'un voyage en train en Allemagne où
je fais en ce moment une série de présentations sur Guérir pour vous tenir au courant
de récents développements en ce qui concerne
Ø Le
livre de
Ø D'autre
part, plusieurs d'entre vous m'ont posé
des questions au sujet d'un article dans le Canard Enchaîné de la dernière
semaine de mars. Cet article met en cause une action récente de l'Association
EMDR-France contre un éditeur peu scrupuleux
qui cherche à utiliser à des fins purement commerciales la renommée
récemment acquise par la méthode EMDR sans respecter les standards
de qualité et de protection des patients mis en avant par l'Association.
Nous
leur avons demandé de ne pas utiliser le nom de la méthode dans
leur titre mais ils ont refusés en nous disant « faites
nous un procès, ça nous fera de la publicité ! ».
La profession de psychothérapeute n'est pas réglementée
en France, et n'est pas soumise à des standards professionnels de qualité
(comme celle de médecin, ou de psychologue clinicien). Tant que ce
ne sera pas le cas, il sera indispensable de protéger
la garantie de qualité et de sécurité pour les patients que représente le label « méthode
EMDR » et donc d'empêcher qu'il soit utilisé à
tort et à travers par des personnes qui ne respectent pas les mêmes
standards.
J'ai
écrit une réponse en ce sens au Canard Enchaîné,
qui explique nos raisons. Elle ne sera sans doute pas publiée alors
je voulais partager ces raisons avec vous directement. Ma lettre est donc
ci-dessous.
Ø Enfin,
en Février, notre ministre de la Santé a déclaré
publiquement qu'il ne croyait pas à l'évaluation scientifique
des méthodes de psychothérapie. Je suis scandalisé par
cette attitude. La souffrance psychologique et largement aussi réelle
que la souffrance physique. Viendrait il à l'idée de qui que
ce soit de renoncer à l'évaluation des traitements pour la douleur physique
?
J'ai
écrit une chronique dans Psychologies Magazine (numéro d'avril
2005) sur ce thème, que je voudrais aussi partager avec vous. C'est
la dernière partie de cette Newsletter.
Je
serais ravi d'avoir vos réactions sur ces différents sujets.
Vous pouvez me les exprimer dans vos messages à david@guerir.fr
ou bien échanger vos vues sur le forum du site qui continue --à
ma grande satisfaction-- d'être très animé.
Amicalement,

Préface au Livre « Des yeux pour Guerir »
de
Toute
l'élégance et la force de l'EMDR,
nouvelle méthode de traitements des traumatismes psychiques, tient
à la rapidité
avec laquelle nous voyons les patients se libérer du poids de la
honte, de la tristesse, ou de la rage avec lequel ils vivaient depuis des
années.
A
ce qui ne fut qu'une intuition au départ, contraire à tous les
enseignements académiques, elle devait consacrer toute sa vie et son
énergie. Personne ne mesure l'épreuve de la solitude du précurseur
que fut
Le caractère
de l'auteur qui se dégage de cette lecture correspond à ce qu'elle
est en réalité : une « grande dame »,
imposante à la fois par la façon qu'elle à de se tenir
si droite, la force rassurante de sa présence, l'intelligence de son
regard et de sa pensée analytique, et son incroyable capacité
à se soucier des autres. On retrouve fréquemment ces caractéristiques
chez les fondateurs charismatiques d'une nouvelle école de psychothérapie.
Après vingt ans passés dans les grandes universités Canadiennes
et Américaines, lorsque j'ai rencontré
Pour un
psychiatre, la découverte de l'EMDR est sans
aucun doute l'événement le plus déconcertant --et peut-être
le plus significatif-- depuis l'avènement de la psychanalyse il y a
cent ans et celui des antidépresseurs il y a cinquante ans.
Déconcertant
parce qu'il est presque impossible, pour un médecin ou un thérapeute
formé de façon classique, d'accepter l'idée que de faire
bouger les yeux à un patient qui évoque les scènes
les plus douloureuses de sa vie, - un viol qu'il a subi ou la mort d'un enfant - puisse soulager
sa douleur de quelque manière que ce soit. L'idée elle-même
semble saugrenue, voire contraire à l'éthique professionnelle
de quelqu'un dont le devoir est de soigner par des moyens plus appropriés
ou reconnus. Et pourtant, il existe désormais pas moins de dix-huit
études contrôlées démontrant l'efficacité
de l'EMDR dans le traitement des états de stress post-traumatique,
y compris les deuils traumatiques. En 2004, des évaluations indépendantes
faites par de sociétés savantes comme l'INSERM en France [1]
ou l'American Psychiatric
Association aux Etats-Unis [2] ont classifié l'EMDR
comme un traitement efficace pour les états de stress post-traumatiques.
Déconcertant
aussi, parce que ce que décrivent les thérapeutes qui pratiquent
l'EMDR est à la fois extrêmement familier
et parfaitement incongru. On parle de travail de deuil accompli, de souvenirs
traumatiques « digérés », de transformation
de l'image de soi --des phénomènes décrits de façon
classique en psychanalyse-- mais ici il s'agit seulement de quelques séances !
Déconcertant
enfin parce que malgré l'abondance de preuves en ce qui concerne l'efficacité
du traitement EMDR, ses mécanismes d'action restent mal compris. S'agit
il du mécanisme qui réorganise la mémoire pendant les
rêves (pendant lesquels les yeux bougent de droite à gauche derrière
les paupières closes) et permet aux émotions douloureuses de
s'exprimer puis de disparaitre [3] ? Ou d'une orientation soudaine de l'attention
qui change les battements du coeur et toute la physiologie du corps facilitant
par là même une réduction de l'anxiété [4],
ou encore d'un état de conscience comparable à celui de la méditation
pendant laquelle on peut à la fois souffrir et s'observer souffrir
et, grâce à cela, voir fondre la douleur progressivement [5] ?
Mais c'est
précisément parce que l'EMDR nous
déconcerte qu'elle ouvre un champ nouveau et vaste sur la relation
entre le cerveau et la douleur psychique, et, surtout, sur le potentiel de
guérison qui existe en chacun de nous. C'est en cela que cette découverte
est si significative.
Un jour,
bien avant que l'efficacité de l'EMDR ne
soit encore largement acceptée, je profitais d'une conférence
à Washington pour demander -- avec beaucoup d'hésitation par
peur de son jugement-- à un des plus grands chercheurs américains
sur le traumatisme psychique ce qu'il pensait de l'EMDR
et de Francine Shapiro. Il me regarda intensément, comme s'il hésitait
lui aussi, ne sachant pas s'il pouvait me dire ce qu'il pensait vraiment.
Puis, en baissant un peu la voix, comme s'il ne voulait pas risquer de choquer
nos confrères qui passaient à proximité, il me dit :
« si vous voulez savoir ce que je pense vraiment, je crois qu'elle
a découvert ce que nous cherchons tous depuis cinquante ans. Je crois
qu'elle mérite le prix Nobel ! »
Devant
le coucher de soleil sur les falaises du pacifique dans le petit village de
Sea Ranch, au nord de San Francisco,
En écrivant ce livre, c'est dans les mains du public, dans vos mains
à vous, que
Certains éléments de cette préface ont été publiés au préalable dans la préface du premier livre en Français entièrement consacré à l'EMDR :
« EMDR - une révolution thérapeutique »
par le psychanalyste
- « l’EMDR pour surmonter les traumatismes » Santé Magazine, juin 2005 par
Dominique Padirac.
1.
INSERM, Psychothérapie
: Trois approches évaluées, INSERM-Unité-d'Evaluation-et-d'Expertise-Collective,
Editor. 2004, Institut-National-de-la-Santé-et-de-la-Recherche-Médicale-France:
Paris, France.
2.
American-Psychiatric-Association, Guidelines
for the Psychiatric Treatment of Acute Stress Disorder and Posttraumatic Stress
Disorder, R. Ursano and Workgroup-on-ASD-and-PTSD, Editors. 2004, American
Psychiatric Association:
3.
Stickgold, R., EMDR:
A putative neurobiological mechanism. Journal of Clinical
Psychology, 2002. 58: p.
61-75.
4.
MacCulloch, M.J. and A.L. Barrowcliff.
The de-arousal model of Eye-Movement
Desensitization and Reprocessing (EMDR), Part I: A
theoretical perspective on EMDR. in EMDR
5.
Servan-Schreiber, D., Eye-Movement Desensitization and Reprocessing:
Is Psychiatry missing the point?
Lettre Au Canard Enchaîné
Le
Il est
inhabituel qu'une association de thérapeutes s'oppose à la parution
d'un livre sur une méthode qu'elle recommande. Il peut aussi paraître
inhabituel d'avoir recours à la protection d'une marque déposée
lorsqu'il s'agit d'une méthode de traitement médical.
Les raisons
de notre opposition sont simples.
L'Association
Européenne d'EMDR (dont fait partie l'Association
EMDR-France que je préside) s'est donnée
pour mission d'assurer la qualité de l'enseignement et de l'application
de
Contrairement
à la cardiologie ou la chirurgie, qui ne peuvent être pratiquées
que par des personnes ayant obtenu un diplôme de médecin et suivi
une formation adéquate, la profession de psychothérapeute n'est
pas actuellement réglementée. Pour éviter que n'importe
qui se déclare « thérapeute EMDR » sans
être formé adéquatement à la psychothérapie
ou à
Dans ce
but, l'Association Européenne impose des critères très
stricts d'admission dans les formations à
Afin de
protéger la libre circulation des idées et l'exploration universitaire
des nouvelles méthodes de traitement, les universités et les
facultés de médecine, sont par contre,
exemptées de tout contrôle sur l'utilisation et la présentation
de
Au cours de plusieurs conversations avec
l'éditeur et avec le Dr. Dumonteil, j'ai
encouragé l'auteur à publier un livre sur son expérience
de la pratique de
Ce à
quoi nous nous sommes opposés c'est uniquement à l'utilisation
du nom de
Lettre au Ministre de la Santé (Chronique de Psychologies Magazine
- Avril 2005)
Monsieur le ministre, ne méprisez pas la souffrance
des patients !
Une récente
déclaration de notre ministre de la Santé m'a rappelé
pourquoi, il y a vingt ans, j'ai quitté ma faculté de médecine
parisienne pour poursuivre mes études au Canada puis aux Etats-Unis.
J'étais
simple externe dans un hôpital lorsqu'une jeune femme s'est présentée,
souffrant d'une douleur violente à la hanche que personne n'expliquait.
Intrigué, je dénichai à la bibliothèque de l'hôpital
un article américain qui montrait que les infections profondes de la
hanche étaient difficiles à diagnostiquer. Les tests sanguins
étaient souvent négatifs et, en cas de doute, il ne fallait
pas hésiter à faire une biopsie.
Sous l'excitation
de cette découverte, j'apportai mon article au professeur de médecine,
chef du service. Mais il n'eut qu'une moue de dédain et me rétorqua
: « Monsieur, nous pratiquions déjà la médecine
ici, à Paris, quand l'Amérique n'était encore qu'une
bande d'Indiens qui courraient tout nus dans les champs. Alors rentrez chez
vous avec vos études américaines et ne prétendez pas
m'apprendre mon métier ! »
Quand,
plus tard, la jeune chef de clinique du service finit
par faire faire une biopsie, comme le préconisait l'étude américaine,
elle trouva l'infection profonde, et le traitement antibiotique put enfin
commencer. Moi, je choisis d'aller apprendre la médecine ailleurs.
Voir un être humain souffrir inutilement est déjà douloureux.
Mais le voir souffrir parce que son médecin méprise les preuves
scientifiques et l'opinion de ses pairs est inacceptable. Ce qui nous ramène
à notre ministre.
L'histoire
est simple et nous concerne tous. En 2001, deux grandes associations, l'Unafam (Union nationale des amis et familles des malades psychiques)
et la Fnapsy (Fédération nationale
des associations de patients et ex-patients « psy »), obtenaient
du ministre de
Après
le Royaume-Uni, les pays scandinaves et les Etats-Unis, la France, enfin,
décidait d'évaluer comment soigner au mieux ceux qui souffrent
de douleurs émotionnelles. Ce comité d'experts était
composé de psychiatres, de psychologues et d'un psychanalyste. Il a
auditionné des représentants des différentes écoles
de thérapie. Il a passé en revue un millier d'articles scientifiques.
Il avait
été pris comme seule règle de passer au crible les preuves
scientifiques pour déterminer « ce qui marche » (1). Or
ce qui marche en matière de psychothérapie est très simple
à mesurer. Exactement comme pour un antibiotique, c'est ce qui permet
au patient d'être soulagé et évite que les symptômes
ne reviennent après la fin du traitement.
Le rapport
de l'Inserm ne fut pas entièrement favorable à la thérapie
psychanalytique. Son efficacité n'était validée que contre
un trouble sur les seize étudiés. Les thérapies familiales,
elles, avaient une efficacité prouvée contre cinq syndromes.
Le rapport concluait à une efficacité prouvée des thérapies
cognitives et comportementales dans quinze syndromes sur seize.
Avec ce
travail remarquable de l'Inserm, la psychothérapie en France se mettait
enfin au diapason de la médecine moderne, qui se veut « fondée
sur des preuves » plutôt que sur des théories, aussi séduisantes
soient-elles.
Pourtant,
notre ministre de la Santé actuel, Philippe Douste-Blazy, n'a-t-il
pas déclaré, sans autre raison apparente que de plaire à
une assemblée de psychanalystes et de personnalités culturelles,
que ce rapport serait retiré du site Internet du ministère.
« Vous n'en entendrez plus parler ! » a-t-il promis le 5 février,
à Paris. A la suite de quoi, dans les pages du Monde, une historienne
respectée, mais qui n'est ni médecin ni psychologue, se félicita
que l'on abandonne ainsi l'idée de « mesurer ou expertiser l'angoisse,
le désir, le sexe, l'intime, comme on décrirait un état
pathologique lié à une maladie organique » (2).
Comme
si la souffrance des émotions était moins « réelle
» que celle du corps & Lacan, lui, était bien plus lucide
en déclarant qu'il fallait renoncer à l'idée de guérison
en psychanalyse, et en précisant que celle-ci, lorsqu'elle survenait,
ne pouvait être qu'« un bénéfice de surcroît
». On ne peut pas reprocher à la psychanalyse de ne pas guérir
si ce n'est pas son objet. Elle a bien d'autres intérêts. Ce
qui est inacceptable, en revanche, ce sont les psychanalystes qui prétendent
d'un côté que leur méthode est capable de soigner, et
qui, de l'autre, refusent qu'on évalue leurs résultats.
Dans une
très belle lettre, outragée, qui a été envoyée
à toute la presse française, la présidente d'une association
de patients souffrant d'anxiété a rappelé le travers
des faux médecins dont se moquait déjà Molière
: « L'essentiel est que la théorie soit respectée ; si
le malade sent de grandes douleurs, c'est fort bien fait, et si son état
empire, c'est signe que le remède opère. » (3) C'est dans
le même esprit que l'on jette aujourd'hui à la corbeille un rapport
scientifique gênant ...
Comme
Annie Gruyer, je préfère croire à la France de Molière
et à son attachement à
1-
Psychothérapie : trois approches évaluées - expertise
collective (O. Canceil,
2-
Elisabeth Roudinesco, « La fin d'une évaluation
», Le Monde, 14 février 2005.
3-
Annie Gruyer, « Notre souffrance vaut bien une évaluation »,
communiqué de presse du 15 février 2005. La présidente
de l'association de patients Médiagora Paris
y citait Le Médecin malgré lui, acte II, scène 4.