cela serait possible en quelques séances avec cette méthode.
L'EMDR (en anglais, Eye Movement Desensitization and Reprocessing) peut se traduire par :
"désensibilisation et reprogrammation par les mouvements des yeux".
En clair, c'est une méthode de psychothérapie qui consiste à utiliser des
mouvements oculaires ou d'autres stimuli pour
aider un patient à "digérer" un traumatisme
psychique.
Elle fait appel aux énormes capacités d'auto-guérison que nous possédons
tous. Elles nous paraissent aller de soi
quand il s'agit d'une plaie au bout du doigt, mais nous avons du mal
à admettre qu'une "blessure psychique"
peut aussi cicatriser ! Et comme pour certaines blessures physiques, cela réclame parfois un peu d'aide.
Pour certains spécialistes, l'EMDR, à la croisée de la psychologie
et de la neurobiologie moderne, est une
révolution dans les traitements
psychothérapiques, comparable à la découverte de la psychanalyse il y a
cent ans, ou à celle des antidépresseurs
dans les années 1950.
« J'avoue être sidéré par la puissance de la méthode. En trente ans de psychiatrie, je n'ai jamais rien vu d'aussi spectaculaire »,
s'enthousiasme le Dr Patrick Lemoine, psychiatre, spécialiste du sommeil et de la dépression.
Le point sur une méthode aujourd'hui reconnue, notamment par l'Insérai (Institut national de la
santé et de la recherche médicale) et l'American Psychiatrie Association.
Quels
problèmes
peut-elle aider à résoudre ?
Elle est particulièrement indiquée pour ceux qui ont subi un traumatisme, que celui-ci soit lié à un
divorce, un deuil, un accident grave, une
agression sexuelle, des sévices
durant l'enfance, un braquage, un acte terroriste, une guerre ou une catastrophe naturelle.
Ces traumatismes peuvent laisser des séquelles, parfois durant des dizaines d'années, que l'on
regroupe sous l'appellation de ESPT (État de stress post-traumatique).
Cela se traduit
par des peurs inexplicables, une anxiété sans raison apparente, des cauchemars,
un sentiment de culpabilité ou des souvenirs obsédants. Certaines personnes font même des tentatives de suicide.
Il y a aussi les petits traumatismes de
la vie quotidienne : une remarque humiliante d'un collègue, une mutation,
un déménagement, une contrariété. Tel événement sans importance pour les
uns peut revêtir un caractère perturbant
pour les autres, et avoir des conséquences à long terme. Là aussi,
l'EMDR peut être utile.
Depuis 1987, date de sa découverte par la psychologue américaine Francine Shapiro1, de nombreuses études ont été effectuées, notamment sur des vétérans de la guerre du Vietnam. Elles
montrent toutes un taux de guérison de l'ordre de 80 %.
Par extension, la méthode est également appliquée à des cas de névroses,
de dépressions ou de phobies, particulièrement
lorsque celles-ci ont une origine traumatique (peur des chiens après une morsure
ou de conduire après un accident).
Quel
est le déroulement
d'une séance
?
Elle ne dure jamais moins d'une heure. La première permet d'établir une relation de confiance.
« Il doit régner un
esprit de partenariat entre le thérapeute et
son patient »,
précise le psychanalyste Jacques Roques2, vice-président
de EMDR-France et président du Centre de traitement des traumatismes psychiques de Montpellier.
Le patient est amené à parler de ses troubles, mais,
contrairement à d'autres psychothérapies, le praticien n'a pas besoin de tout savoir.
Passé cette phase, le traitement peut commencer. Le patient, assis face au praticien, suit des yeux un pointeur que celui-ci
déplace de droite à gauche à un rythme
soutenu. Simultanément, il évoque le souvenir traumatique en s'efforçant de le "revivre". Des émotions
très intenses remontent fréquemment en cours
de séance et les souvenirs se font
très précis.
« Tout cela est vécu souvent de manière épuisante pour le patient, et un peu aussi pour le
praticien », dit le Dr Lemoine. Le patient retrouve ensuite un grand calme intérieur, le problème est alors réglé.
Combien
de séances
faut-il pour obtenir un résultat
?
Cela dépend
de la complexité du problème. Dans le cas des ESPT, les guérisons ne nécessitent
qu'une à trois séances. Et, souvent, moins
de dix séances suffisent.
« L'EMDR est un système à cliquet,
indique Jacques Roques. Une
fois un problème
traité, on peut faire une autre séance quand on a envie. Toutefois, plus on accélère, plus vite on sort du tunnel
».
Le mouvement
des yeux joue-t-il un rôle déterminant dans
le traitement ?
On ne sait pas bien.
-
- Pour les autres, il exerce une stimulation
alternative des deux hémisphères
cérébraux,
permettant le transfert d'informations de l'un à l'autre.
Certains
praticiens utilisent également d'autres modes de stimulation cérébrale : tapotement sur les mains ou les genoux, bip sonore dans une oreille, puis dans l'autre.
Faut-il craindre des effets secondaires ?
Non, si l'indication est bien posée. Les seuls effets sont
une réactivation extrême des émotions,
voire de la peur, pendant la séance,
ce qui est normal. À noter aussi, un grand état de fatigue, surtout après la première séance.
La méthode s'applique-t-elle aux
enfants ?
On peut
l'utiliser très tôt comme l'a montré, au Kosovo après la guerre, le Dr David Servan-Schreiber3, président
d'EMDR-France :
« Les enfants réagissent bien
plus vite et en exprimant beaucoup moins
leurs émotions que les adultes ».
Par ailleurs, il semble que de bons résultats soient aussi obtenus avec les personnes âgées.
L'efficacité est-elle durable ?
Selon Jacques Roques, « il n'existe
aucun
cas de rechute signalé pour un problème complètement traité par l'EMDR
depuis 1987 ».
DOMINIQUE PADIRAC •
1 - Des yeux pour guérir, Francine Shapiro et Margot Silk Forrest, éd. Seuil.
3 - Guérir le stress,
l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse,
David Servan-Schreiber,
éd. Robert Laffont.
Comment
ça marche ?
Personne ne sait avec
exactitude comment ça fonctionne. L'EMDR semble s'apparenter à la fois à
l'hypnose, à la psychanalyse, à la thérapie cognitive et comportementale.
Quelques
hypothèses
neurobiologiques ont également
été avancées.
« La méthode bénéficie d'un protocole
précis
que l'on peut enseigner très
vite à
des psychothérapeutes
»,
insiste le Dr Servan-Schreiber.
Elle
fait déjà partie de programmes
d'assistance humanitaire dans le domaine de la santé mentale. Et elle représente un espoir pour
les millions d'hommes et de femmes qui aspirent à sortir de la détresse
après une expérience
négative dans leur vie.
Mise
en garde
Attention aux charlatans ! L'EMDR ne peut être pratiquée que par un psychiatre, un psychologue ou un psychothérapeute diplômé possédant la formation de "praticien
EMDR certifié"
délivrée par l'Association européenne d'EMDR.
Pour être sûr de vous adresser
à un praticien certifié, le
mieux est d'en demander la liste à l'association
EMDR-France,
Les prix d'une séance varient entre 60 et 120
€
selon sa durée.
Le remboursement est possible si le soin est pratiqué par un psychiatre
ou un psychologue dans un service hospitalier.
Association
EMDR-France, 20 rue
d'Armenonville, 92200
Neuilly-sur-Seine. Tél. : 01 46 24 55 02.
E-mail : info@emdr-france.org.
Internet : http://www.emdr-France.org
Source
: Santé magazine Juin 2005 n°354
PS : Voir aussi,
dans notre forum, « Réponses de Jacques Roques à questions sur l'EMDR »
en http://www.forum-guerir.com/topic.asp?TOPIC_ID=637