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Revue de presse du Forum " Guérir " ( Guerir.fr )
Les médecines alternatives ont le vent en poupe
COMMENT SE SOIGNER AUTREMENT
Homéopathie,
acupuncture, ostéopathie… de plus en plus de patients font désormais appel à
ces thérapies, à côté ou en complément de la médecine classique.
Lesquelles
sont les plus efficaces ? Pour quels maux ? Comment éviter les charlatans ?
ELLE ouvre le dossier.
«
La plupart des
médicaments allopathiques sont contre-indiqués pour les
femmes enceintes. Lors
de ma deuxième grossesse, je me suis donc tournée vers
l'homéopathie pour me
débarrasser de mes trachéites à
répétition. Et j'ai continué pour mon
bébé qui
souffrait d'asthme. Le médecin est une ORL, une "ex" de
l'hôpital Necker,
convertie à la phytothérapie et à
l'homéopathie. Elle prescrit des
antibiotiques si nécessaire et cela me rassure », explique
Emma, 42 ans, deux
enfants. Un témoignage qui dit tout de l'usage des
médecines alternatives
aujourd'hui : dans l'esprit des patients, elles ne rivalisent plus avec
la
médecine classique dite allopathique mais sont utilisées
comme médecines
complémentaires. La preuve : comme Emma, trois Français
sur quatre y ont eu
recours au moins une fois et près d'un sur deux les utilise
assez
régulièrement.
Une attitude qui n'étonne
pas Pascal-Henri Keller (1), psychologue, spécialiste de psychosomatique : «
Les babas des années 1970, anti-médicaments parce que anti-chimie, ont disparu.
Il s'agît désormais de consommateurs de soins pragmatiques qui recherchent ce
qui marche le mieux selon le trouble dont ils souffrent », explique-t-il. «
Cette tendance s'inscrit dans un nouveau mouvement dit de "santé
positive", analyse de son côté Michel Morin (2), professeur de psychologie
sociale de la santé. Les gens ne réclament plus seulement d'être en bonne
santé, ils recherchent un bien-être, une énergie, une force intérieure. »
Mais que trouve-t-on chez
l'homéopathe, l'acupuncteur ou l'ostéopathe qui ferait défaut au généraliste ?
Ceux-ci se sont peut-être
tout simplement aperçus que, depuis Freud, tout a changé. L'esprit a trouvé sa
place, indissociable et complémentaire du corps. « Le patient sait que le corps
parle, explique Pascal-Henri Keller. Il veut l'écouter, situer sa souffrance
dans son histoire, et être entendu. » Mieux informé, le patient sait que le
mieux placé pour parler de son trouble, c'est lui. Or, la médecine trop
technicienne lui en donne peu l'occasion (une consultation dure en moyenne 14
minutes). Pour ce type de patient, la médecine classique prescrit trop
d'examens et trop de médicaments. Et là aussi le bât blesse. Plus respectueux
de leur corps, ces patients redoutent les effets secondaires de la chimie.
Selon la formule de Mathilde, 31 ans : « Ces médecines règlent des choses sans
en dérégler d'autres. » C'est ce qui fait, entre autres, le succès des
thérapies manuelles. « Entre une séance chez l'ostéopathe ou l'étiopathe, qui
soulagent un mal de dos en deux séances sans médicaments, et la consultation
d'un généraliste qui ordonne d'emblée une radio et des anti-inflammatoires qui
risquent de démolir l'estomac, il n'y a pas photo pour le patient », constate
le psychiatre Patrick Lemoine (3). Ce sont les femmes qui apprécient le plus : «
Elles représentent 80 % de notre lectorat », remarque Pierre Dhombre, rédacteur
en chef d'« Alternative santé », un mensuel spécialisé sur les médecines «
différentes ». Pourquoi ?
« Parce que les filles, dès le plus jeune âge, se tournent vers elles-mêmes et
s'intéressent à leur corps, commente Pascal-Henri Keller. Les médecines
globales qui leur permettent de décrire ce qu'elles connaissent bien font donc
naturellement partie de leur monde. » Sans désavouer la médecine technicienne
sur laquelle elles comptent en cas de coup dur, elles privilégient ces
thérapies pour soigner le stress, les troubles du sommeil, les allergies ou la
colopathie.
La plupart de ces
consultations ne sont peu ou pas remboursées, mais il ne faudrait pas croire
que seules les couches les plus aisées y ont recours. « C'est la démarche de
gens qui veulent être responsabilisés, acteurs de leur santé, constate Michel
Morin, et ils sont prêts à y mettre le prix.
Les jeunes médecins sont
d'ailleurs nombreux à suivre, en plus de leur cursus, des formations en homéopathie ou
phytothérapie. » La médecine pure et dure néglige donc moins souvent
qu'autrefois cette nouvelle clientèle. Son tort serait d'ailleurs d'évincer
d'un revers de main des pratiques qu'elle connaît encore mal. Car tout le monde
pourrait bien souffrir du divorce. Thierry Janssen, dont le récent livre « La
Solution intérieure » (4) bat des records de vente, se situe dans cette logique
: « Si les médecins certifiés ne s'intéressent pas à ces médecines, ils
laissent la place aux gourous. » Adoptant ce discours, nous avons choisi de
faire un tour d'horizon de ces médecines, en analysant leurs points forts. Et
en mettant en garde contre les charlatans. Car, comme la médecine classique,
utilisées à mauvais escient, elles peuvent faire plus de mal que de bien.
Marie-Christine Deprund
(1) Professeur de
psychologie à l'université de Poitiers, auteur du « Dialogue du corps et de
l'esprit (éd. Odile Jacob).
(2) Auteur de « Parcours
de santé » (éd. Armand Colin).
(3) Auteur du «Mystère du
placebo » (éd. Odile Jacob) et de «L'enfer de la médecine est pavé de bonnes
intentions » (éd. Robert Laffont).
(4) Editions Fayard.
LES
MEDECINES ALTERNATIVES SE SOIGNENT AUTREMENT
Plus respectueux de
leur corps, les patients redoutent les effets secondaires de la chimie.
Selon la formule de
Mathilde, 31 ans :
« Ces médecines règlent
des choses sans en dérégler d'autres. »
FONT-ELLES
LEURS PREUVES ?
A mesure que
la liste des pratiques non conventionnelles s'allonge (près de 200 techniques
recensées), le casse-tête s'intensifie. Qui croire ? Ceux qui décrient ces «
patamédecines », ou ceux qui brandissent des études démontrant leurs bienfaits
?
Pour prouver l'efficacité
d'une thérapeutique, il faut réaliser des études en double aveugle. Le principe
: comparer son effet avec celui d'un placebo de même forme et/ou d'un
traitement de référence, sur des groupes de patients constitués au hasard. Mais
l'évaluation se heurte à de multiples difficultés. Les essais cliniques sont
longs, coûteux. Par ailleurs, ce n'est pas parce qu'on n'identifie pas de
principe actif que ces pratiques n'ont pas de résultat. C'est tout le mystère
de l'effet placebo, dans lequel l'alchimie entre la conviction du médecin et
les attentes du patient est déterminante.
Autre hic :
les nombreuses études réalisées affichent des résultats contradictoires.
Certaines ne respectent
pas les standards méthodologiques, ou sont d'une portée trop restreinte.
En fait, il faudrait considérer la totalité des preuves disponibles...
Un travail de titan auquel s'est attelé le professeur Edzard Ernst, dans un
ouvrage récent*. On y lit que l'acupuncture, dans le traitement de la douleur
dentaire ou du vomissement consécutif à la chimiothérapie, génère plus d'effet
qu'un placebo. Concernant la phytothérapie, de bons arguments cliniques montrent
l'efficacité de certaines plantes dans le traitement de l'anxiété et de la
dépression. Quant à l'homéopathie, l'efficacité des remèdes ne peut être « ni
confirmée ni exclue »...
En France, ce sont les laboratoires pharmaceutiques
qui évaluent les médicaments.
Une mainmise dénoncée par
les défenseurs des médecines alternatives. La Haute Autorité de santé ne
délivre des avis sur le sujet qu'au coup par coup. Les études de l'Inserm
restent peu accessibles aux patients. L'Académie de médecine appelle à la prudence.
Il faut donc se tourner vers l'étranger pour espérer une information claire. En
1997, une résolution du Parlement européen demandait à la Commission d'effectuer
une évaluation rigoureuse de l'acupuncture, de la chiropractie, de
l'homéopathie et de l'ostéopathie. Initiative restée lettre morte... En
Les Etats-Unis ont voulu créer en 1998 une structure indépendante, le National
Center for Complementary and Alternative Médecine. Il doit étudier toutes les
médecines alternatives et complémentaires dans un contexte scientifique rigoureux,
former des chercheurs et diffuser l'information récoltée. Une volonté politique
affirmée, dotée d'un budget annuel de recherche de 122,7 millions de dollars en
2006.
Un modèle à suivre...
Juliette Demey
* « Médecines alternatives, le guide critique » (éditions Elsevier).
« En piquant certains
points de l'oreille, on fait disparaître la douleur.
Nos patients peuvent
diminuer leur traitement et retrouver une sensibilité perdue. »
Dr Sabine Brûlé,
auriculothérapeute à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif.
VERS LA
RECONNAISSANCE ?
Dans l'Hexagone, la
chiropractie est autorisée. Mais pas la phytothérapie, qui peut être taxée
d'exercice illégal de fa médecine quand elle est pratiquée par des
non-médecins. Les thérapies manuelles seraient-elles plus efficaces que les
plantes ? Elles sont, surtout, mieux défendues. Car pour qu'une médecine
alternative garde ou obtienne pignon sur rue, le lobbying doit se faire féroce.
Les homéopathes l'ont bien compris : quand, en 2003, Jean-François Mattei
annonce le déremboursement total des granules, leur syndicat active ses
réseaux. Le laboratoire Boiron recueille près d'un million de signatures !
Succès... partiel : le remboursement passe de 65 % à 30 %, mais le ministre de
la Santé suivant promet de ne plus y toucher. Autre exemple : l'ostéopathie.
Pour que la profession soit officialisée, les syndicats ont mis la pression
pendant vingt ans. La loi est passée en 2002, les décrets d'application
devraient suivre cet été. Le pragmatisme économique, en effet, semble jouer en
faveur des autres médecines. Comme au Portugal, qui a reconnu six nouvelles
thérapies en 2003. « La pénurie de médecins est annoncée, et notre Sécurité
sociale fait faillite, résume Isabelle Robard*, avocate. Ce contexte favorise
l'officialisation des thérapies non conventionnelles, qui ne coûtent rien à la
Sécu et peuvent participer à la prévention des maladies. Les pouvoirs publics
français y viendront. »
Sophie Henry
* Auteure de « Médecines
non conventionnelles et Droit » (éditions Litec).
ELLES ONT
CONQUIS L'HÔPITAL
Acupuncture, homéopathie,
hypnose... pas à pas, les hôpitaux se mettent au diapason du public en ouvrant
leurs portes à des pratiques qui complètent la médecine classique.
Souvent utilisées d'abord
à titre expérimental, elles offrent des réponses là où la médecine de pointe se
heurte à ses propres limites. A l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif, spécialisé
dans le traitement du cancer, une consultation d'auriculothérapie existe depuis
la création du Centre de la douleur, en 1982. Elle est réservée aux patients
qui souffrent des séquelles de chimio et de radiothérapie, ou de douleurs post-chirurgicales.
« On a voulu tester cette alternative thérapeutique, les résultats ont vite été
satisfaisants, raconte le Dr Sabine Brûlé, généraliste auriculothérapeute. En
piquant certains points de l'oreille, on fait disparaître la douleur. Nos
patients peuvent diminuer leur traitement et retrouver une sensibilité perdue.
»
Certaines techniques
aident aussi les patients à supporter des traitements longs et contraignants.
Le Dr Christian Trépo, chef du service hépato-gastro-entérologie de
l'Hôtel-Dieu, à Lyon, a constaté que la moitié de ses patients VIH ou malades du
foie prenait de l'homéopathie. Depuis 1987, il a intégré deux homéopathes au
service. « Ils apportent une dimension relationnelle complémentaire à notre
approche scientifique et hyper technique. » Le Dr Serge Rafal tient une
consultation de médecines douces à l'hôpital Tenon, à Paris. « Des patients
sous trithérapie, sous chimio, ou atteints de sclérose en plaques viennent pour
du conseil nutrition riel. » D'autres sont en quête de méthodes alternatives
aux antibiotiques ou aux antidépresseurs.
L'accueil du monde
hospitalier reste souvent grinçant.
Le Dr Daniel Annequin, qui
dirige le Centre de la migraine de l'hôpital pour enfants Trousseau, à Paris,
l'a constaté. Dès 1997, il a intégré à son équipe des psychomotriciens et
psychologues pratiquant l'hypnose. Depuis, les sceptiques se sont tus. « Les enfants
migraineux apprennent à faire baisser la pression avec l'autohypnose et la
relaxation. On améliore la santé tout en diminuant les médicaments. » A la
maternité des Bluets, à Paris, le Dr Evelyne Petroff a « rusé » en embauchant
Anne Cornetet, une kiné... qui pratique l'ostéopathie. « A coté des pédiatres
et des sages-femmes, sa place est justifiée », explique-t-elle.
Forceps, naissances par le
siège, bébés douloureux, torticolis ou malpositions du pied : autant
d'indications pour lesquelles Anne Cornetet intervient. Pour cela, elle a dû
montrer le bénéfice de son travail au personnel médical :
« Pour un torticolis, la preuve est immédiate. Face aux pédiatres, il faut
savoir rester à sa place et donner ses limites de compétence. »
J.D.
À CHAQUE
SYMPTÔME SA THERAPIE
Loin de nous l'idée de réduire
chaque médecine alternative à quelques pathologies ou de dresser un
dictionnaire de soins. D'autant plus que l'effet recherché dépend, dons ce
domaine encore plus que dons la médecine classique, de la relation entre le médecin
et son patient. Nous ne souhaitons que livrer quelques pistes à ceux qui
souffrent de maux récurrents. En respectant toujours les précautions suivantes
: s'adresser d'abord à un médecin pour être certain du diagnostic. Et ne jamais
multiplier les séances quand te résultat se fait attendre. Une thérapie qui
marche apporte toujours rapidement un mieux-être.
SI VOUS SOUFFREZ DE...
... MIGRAINES : pas
d'automédication ! Les médecins reçoivent en urgence de plus en plus de
patients dont la douleur est devenue irréductible en raison d'un abus de médicaments.
En revanche, les médecines alternatives (souvent associées entre elles)
permettent d'obtenir de bons résultats, c'est pourquoi les centres antidouleur les
intègrent souvent dans leur stratégie de soins. Ainsi, l'homéopathie relie le
symptôme migraine à ses circonstances d'apparition (syndrome prémenstruel,
troubles digestifs...) et traite les deux. Lorsque la migraine est accompagnée
de spasmes musculaires et de douleurs cervicales : l'acupuncture, l'ostéopathie
peuvent soulager. Lorsque le stress ou un problème psychologique sont en cause,
ou encore que la douleur est insupportable : l'hypnose, la relaxation et la psychothérapie
peuvent également aider.
... MAUX DE DOS : avec le torticolis, les lumbagos et la sciatique, c'est le
motif de consultation n° 1 des médecines manuelles. Les praticiens étiopathes,
ostéopathes ont souvent un bon diagnostic.
Ils savent qu'il suffit souvent d'un tout petit blocage ou d'une contracture
pour déclencher des douleurs en chaîne. A quoi reconnaît-on leurs compétences ?
Ils exigent une radio pour être certains que le trouble ne provient pas d'une lésion
(fracture, maladie inflammatoire ou tumorale) qui contre-indiquerait les manipulations.
Leur plus : ils ne s'intéressent pas qu'à l'articulation qui souffre et peuvent
régler le problème en quelques séances si la lésion n'est pas trop profondément
installée.
La phytothérapie, elle, dispose de tout un arsenal de plantes qui, en plus, ont
souvent un effet anti-inflammatoire et reminéralisant utile à ceux qui
souffrent de rhumatismes et d'arthrose. Quant à l’homéopathie, elle est surtout
efficace pour diminuer la douleur.
... REGLES DOULOUREUSES, INFECTIONS URINAIRES À REPETITION : c'est peu connu,
mais elles sont souvent bien traitées par l'ostéopathie qui, en travaillant sur
le petit bassin et sur le périnée, permet de redonner de l'espace aux organes
pour qu'ils fonctionnent mieux. La phytothérapie, elle, est souvent recommandée
pour traiter les problèmes hormonaux.
... OTITES, RHINITES, ASTHME, ALLERGIES : c'est le point fort de l'homéopathie
et de la phytothérapie qui permettent de réduire la consommation d'antibiotiques.
C'est pourquoi elles sont pratiquées par bon nombre d'ORL et de pédiatres. Sage
précaution : choisir un médecin qui pratique aussi la médecine allopathique, il
pourra prescrire les médicaments indispensables en cas de fièvre durable, d'infection
rebelle ou de crise d'asthme. L'acupuncture, elle, agit en relançant l'énergie
et le système immunitaire.
... INSOMNIES, STRESS, ANXIETE : l'acupuncture joue sur les deux tableaux, le corps
et l'esprit. Tous les troubles psychiques font donc naturellement partie de ses
indications. Idem pour toutes les méthodes qui s'appuient sur la respiration :
la relaxation, la digipuncture (acupression), le tai-chi et la méditation.
L'hypnose donne aussi de bons résultats.
... DEPENDANCE AU TABAC : toutes les psychothérapies comportementales, les
groupes de parole et l'hypnose renforcent la motivation et permettent de
tenir... L'homéopathie, l'acupuncture, la phytothérapie, la naturopathie complètent
cette action en aidant à combattre la nervosité, à drainer l'organisme et
calmer l’appétit.
M.-C.D.
Dans ce domaine, plus encore
que dans la médecine classique, l'effet recherché dépend de la qualité de la
relation entre le médecin et son patient.
COMMENT
EVITER CHARLATANS ET GOUROUS ?
Le champ de la santé
constitue un terrain de prédilection pour les charlatans et les mouvements
sectaires, qui savent utiliser les médecines parallèles pour infiltrer le
milieu médical. Il y aurait, selon l'Ordre national des médecins, environ 3 000
praticiens ayant des relations plus ou moins étroites avec un mouvement
sectaire. La plus grande vigilance s'impose. Huit signes qui ne trompent pas...
1. Si le « guérisseur » développe
des théories qui prétendent se substituer à la médecine traditionnelle : par
exemple, la kinésiologie, qui propose de soigner en dénouant les muscles, le
respirianisme, qui prétend prévenir toute maladie en respirant l'air et la lumière.
2. S'il utilise un jargon
pseudo-médical vous promettant de vous « désintoxiquer », « d'équilibrer votre
chimie ou votre karma » : l'usage de concepts impossibles à mesurer lui permet
de prétendre à un succès que rien ne peut venir corroborer.
3. S'il vous demande de
couper radicalement tout contact avec votre médecin, de cesser tout traitement en
cas de maladie avérée.
4. S'il dénigre systématiquement
la médecine classique et se déclare victime d'un complot ourdi par la
profession médicale.
5. S'il prétend qu'il peut
tout pour votre santé, que rien ne lui résistera et qu'il n'y a pas de maladie
inguérissable.
6. S'il n'a aucun diplôme ou
s'est autoproclamé pour exercer sa « médecine alternative ».
7. S'il vous demande à
i'avance un engagement pour un certain nombre de séances et le chèque correspondant...
8. Attention, la gratuité
peut être tout aussi suspecte, par exemple lorsqu'elle est proposée aux
professionnels de la santé pour venir se former. Le but est d'accrocher les
gens pour leur faire payer beaucoup plus par la suite. Le meilleur conseil étant
de faire fonctionner son bon sens.
E.W.
Si vous avez le moindre
doute, adressez-vous à :
La Mission interministérielle
de vigilance et lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), tél. :
L'Union nationale des
associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes
(Unadfi), tél. : 01 44 92 35 92. www.unadfi.org
www.antisectes.net etwww.infosectes.com
A lire: «Les Charlatans de
la santé», de Jean-Marie Abgrall (éditions Documents Payot].
«CES
MEDECINES NOUS FONT DECOUVRIR LE POUVOIR DU PSYCHISME»
Interview du Dr Edouard Zarifian*,
Psychiatre.
ELLE. La pratique des
médecines alternatives peut-elle laisser espérer une baisse de la consommation
des psychotropes ?
EDOUARD ZARIFIAN. Pas
seulement des médicaments psychotropes, mais de tous les médicaments ! Nous
consommons trois fois plus de médicaments psychotropes que nos voisins
européens. Cela dit, donner un neuroleptique à quelqu'un qui délire, ce n'est
pas abusif, mais prescrire des benzodia-zépines à quelqu'un qui a une anxiété
banale existentielle apporte plus de nuisances que de bienfaits. D'autant que
nous avons bien d'autres possibilités d'agir : la phytothérapie, l'hypnose,
l'acupuncture, toute technique qui n'introduit pas un corps étranger chimique
dans l'organisme. Il est regrettable que, à l'heure où on souhaite démarrer une
campagne pour limiter la consommation d'hypnotiques, on choisisse de
dérembourser la phytothérapie !
ELLE. Est-ce l'effet
placebo des médecines alternatives qui peut concurrencer tes psychotropes ?
E.Z. Entre autres. Et ce
placebo - autrement dit, la puissance du psychisme sur le corps - aura d'autant
plus d'effet qu'il s'exercera dans le cadre d'une interaction entre deux psychismes.
Il ne peut pas y avoir d'effet placebo sans la présence d'un autre être humain
qu'on a investi du pouvoir de nous guérir. Une étude en double aveugle placebo
contre placebo, publiée récemment par le « British Médical Journal », illustre
cette supériorité de l'interaction humaine par rapport aux médicaments, face à
la douleur. On a pris un premier groupe de malades à qui on a donné un placebo.
A l'autre groupe, on a fait des pseudo-séances d'acupuncture : eh bien,
l'acupuncture a eu sur la douleur des résultats bien supérieurs aux
médicaments. Pourquoi ? Parce que les malades ont investi l'acupuncteur du
pouvoir de les guérir. L'effet placebo joue d'autant plus qu'il passe par
l'entremise de quelqu'un que vous avez élu.
ELLE. Mais cet effet
placebo existe aussi dans la médecine classique ?
E.Z. Bien sûr, le sujet
souffrant s'adresse toujours à un guérisseur, même dans la médecine
traditionnelle. Mais la grande différence avec ce qui se passe dans les
médecines alternatives, c'est l'échange de parole, c'est le fait qu'il s'agit
d'une médecine lente, globale, une médecine de la personne et non du symptôme,
ou de la pathologie. Et puis cette médecine-là repose sur une vraie philosophie
du soin.
ELLE. Une philosophie
du soin qui induit un autre rapport au corps ?
E.Z. Précisément ! C'est
une médecine qui permet de trouver en soi-même des ressources insoupçonnées, de
se faire confiance et de découvrir le pouvoir du psychisme sur le corps. Or ce
pouvoir est incroyable : une anesthésiste du CHU de Liège expliquait qu'elle avait
fait 5000 anesthésies sous hypnose. Elle expliquait aussi comment elle pouvait
induire une diminution des saignements lors des opérations : en suggérant des
images de froid polaire, elle provoquait une vasoconstriction. Il faudrait que
la médecine s'intéresse à ça. On a des capacités psychiques formidables, le
problème, c'est que, dans notre société marchande, on nous dissuade de les
utiliser pour pouvoir nous vendre ce dont on a besoin. Alors que ce dont on a
besoin, on l'a en nous.
Interview d’Elisabeth Weissman
*Auteur de « La Force de
guérir » et « Le Goût de vivre, retrouver la parole perdue » (Odile Jacob).
VOCATION
OSTEO
L'ostéopathie tente de
plus en plus de jeunes praticiens. Qui sont-ils, comment sont-ils formés ?
Portrait d'une génération.
« Ostéopathe » : ta plaque dorée fleurit au pied de nos immeubles. Kinés,
médecins ou praticiens exclusifs, ils sont déjà plus de 10 000 à panser nos
maux, armés de leurs dix doigts et de la méthode fondée au XIXe siècle par le
Dr Still. Mieux : depuis que la loi Kouchner, en
Dans ses rangs, les rejetons de cadres sup' sont légion.
Logique : pour un cursus de 5 000 heures, comptez au bas mot 36 000 €. «
Souvent, les étudiants ont été soignés et convaincus par l'ostéopathie, précise
la sociologue Evelyne Bailly. Beaucoup sont néanmoins des recalés de médecine.
D'autres sont des kinésithérapeutes déçus par leur pratique ou désireux de
s'affranchir de la tutelle des médecins. »
Et puis il y a les
passionnés, comme Kristel Haby, 28 ans, installée à Rennes après six ans
d'études d'ostéo. « Pour un problème de pied, on va examiner les chevilles du
patient, ses genoux, son bassin, son crâne, l'interroger sur son hygiène de
vie, son alimentation, explique-t-elle. Cette approche globale, sans chimie,
est complémentaire de la médecine dite dure.
D'ailleurs, mes confrères généralistes, pédiatres ou dentistes m'envoient leurs
patients, et inversement. ». Sa clientèle ?
Des bébés malmenés par les forceps, des profs migraineux, des agriculteurs
coincés du cou, des handicapés, des sportifs...
Bref, des malades lambda, à ceci près qu'ils déboursent 50 € par séance de 30
minutes minimum. « Notre salaire moyen flirte avec celui du généraliste, note
Thierry Jaliais, et une vraie relation de confiance nous lie à nos patients. »
Mais en attendant les décrets d'application de la loi Kouchner, les ostéos ne
bénéficient ni d'une formation reconnue ni d'un diplôme d'Etat. Pourtant, ils
dispenseraient déjà 15 millions de consultations par an.
S.H.
L'EMDR, LA
PETITE DERNIERE
Mise en avant en France
par David Servan-Schreiber (1), l'EMDR (« Eye Movement Desensitization and
Reprocessing ») séduit un nombre grandissant de psys (500 certifiés ou en cours
de formation) (2) et de patients. Le point sur une thérapie dont on se demande
si elle fonctionne, comment et dans quels cas.
DE QUOI
S'AGIT-IL ?
Mise au point en 1987 par
Francine Shapiro (3), cette thérapie associe un ensemble de procédures
empruntées aux TCC (thérapies cognitivo-comportementales) et des séquences de
stimulations, oculaires le plus souvent, d'où son nom (« intégration
neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires »). Constatant que des
mouvements rapides des yeux la libéraient de pensées négatives obsédantes, la
psychologue américaine décide d'approfondir sa découverte et fonde l'EMDR.
Notre cerveau possède un
système de traitement qui lui permet de digérer les informations reçues. Après
un traumatisme (accident, viol, attentat, deuil), ce processus d'assimilation
peut s'enrayer et générer un état de stress post-traumatique (ESPT) : on
continue de souffrir (peurs, cauchemars, flash-back, douleurs physiques...).
L'EMDR permettrait de faire face à un événement douloureux mal digéré.
L'EMDR permettrait,
grâce à des mouvements rapides des yeux, de réorganiser la mémoire et de
digérer d'anciens traumatismes.
COMMENT
ÇA SE PASSE ?
Le thérapeute EMDR suit un
protocole très précis : une à plusieurs séances d'évaluation sont nécessaires
pour cerner la souffrance du patient et sélectionner les images associées au
traumatisme subi. Les stimulations peuvent alors commencer.
Le patient évoque l'image
douloureuse tout en suivant des yeux la baguette que le thérapeute déplace
rapidement de droite à gauche devant lui. De temps en temps, celui-ci lui
demande d'évaluer l'émotion ressentie sur une échelle de 1 à 10.
« Au cours du traitement,
la perception de l'événement se modifie : elle passe du traumatisme au souvenir
désagréable », constate le Dr Christian Zaczyk, psychiatre (4). Trois à douze
séances sont nécessaires, souvent éprouvantes.
COMMENT
ÇA MARCHE ?
«Le patient fait
simultanément l'effort de se souvenir et de suivre attentivement les mouvements
de la baguette du thérapeute ou les sons dans un casque, il est possible que l'attention
engagée dans la première tâche diminue l'intensité émotionnelle liée au
souvenir et permette ainsi au sujet une "exposition" à son souvenir
alors que, habituellement, il évite de le revivre », avance le Pr Franck Baylé,
psychiatre à Sainte-Anne.
LES
PREUVES DE SON EFFICACITE
« C'est une technique dont
on ignore encore comment elle fonctionne mais elle fonctionne, constate le Pr
Baylé. Son côté chamanique et alternatif ne doit pas faire oublier les
résultats significatifs des études menées dans le traitement des états de
stress post-traumatique. » (Ndlr : ex.: rapport Inserm 2004).
Mais l'EMDR n'est pas la
panacée : « Les TCC sont plus appropriées dans le traitement des phobies,
paniques et troubles obsessionnels compulsifs (TOC) », affirme le Dr Patrick
Lemoine, psychiatre. « Quand la pathologie est un peu floue, comme un trouble
anxieux généralisé, ou un problème existentiel, l'EMDR ne convient pas», ajoute
le Dr Zaczyk.
CE QU'EN
DISENT SES DÉTRACTEURS
Que la méthode paraît trop
belle et trop rapide pour être crédible.
Que certains thérapeutes
EMDR jouent les gourous et l'utilisent n'importe comment. Que l'on ne supprime
pas impunément un symptôme (risque que celui-ci se déplace). Que la disparition
durable d'un trouble psychologique est illusoire sans travail profond (donc
long).
(5) «
«
CE QU'EN
DISENT CEUX QUI LA PRATIQUENT
« La formation ne m'a pas
convaincu. La pratique, si, résume le Dr Lemoine. Mais il faut que les gens
aient au moins une image de ce qui s'est passé. La bonne indication : les
personnes équilibrées qui ont "plongé" à la suite d'un traumatisme,
même ancien.
Certains font de l'EMDR un
fonds de commerce et élargissent les indications, mais cet excès d'engouement
risque de nuire à l'EMDR comme il a pu nuire à la psychanalyse et aux TCC.»
Les recherches continuent
pour mesurer ses effets sur certaines phobies, paniques (quand il y a un choc
initial) ou dépression réactionnelle.
Où S'INFORMER ?
Auprès de l'association
EMDR-France, www.emdr-France.org, tél.
:01 46 245502.
Attention aux thérapeutes
qui s'improvisent spécialistes : pratiquer l'EMDR ne se résume pas à faire bouger
les yeux (Ndlr : protocole rigoureux en 8 phases, praticien expérimenté,
formation exigeante).
Coût de la séance : de
60 € à 180 € (Ndlr : pour des séances de 1 à
Isabelle Sansonetti
(2) Selon David
Servan-Schreiber, président de l'association EMDR-France.
(3) Coauteure avec Margot
Silk Forrest du livre « Des yeux pour guérir » (Seuil).
(4) Auteur de « Comment
avoir de bonnes relations avec les autres » (Odile Jacob).
(5) Auteur de « EMDR,
une révolution thérapeutique » (Desclée de Brouwer).