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Revue de presse du Forum " Guérir " ( Guerir.fr )
Magazine L'Express :
1) Pourquoi
l'amour est bon pour la santé
2) Plaisir et
désir sexuel :
l’apport des neurosciences
Pourquoi
l'amour est bon pour la santé
par Gilbert Charles,
Jean-Sébastien Stehli
Sentiments tendres et harmonie
sexuelle ne suffisent donc
pas. Les scientifiques l'affirment: l'amour est aussi une
mécanique biologique.
De nouvelles découvertes démontrent que chaque
passage à l'acte déclenche une
multitude de chamboulements, aussi bénéfiques
qu'insoupçonnés pour l'ensemble
du corps. En somme, une pratique vieille comme le monde qui, entre
autres
plaisirs, permet de vivre vieux…
Il a fallu des millénaires pour admettre ce qui,
aujourd'hui, nous paraît
évident - et qui est désormais prouvé
par la science: l'amour est bon pour
nous.
Longtemps,
très longtemps, on a en effet séparé
le plaisir de la
procréation, la santé de la sexualité,
bref, le corps de l'âme, comme si l'un
menaçait l'autre. Or des quantités
d'études médicales,
épidémiologiques,
biologiques ou psychologiques réalisées ces dix
dernières années aux quatre
coins du monde tendent à prouver que le sexe - et l'amour au
sens large - est
aussi important pour notre équilibre physiologique et mental
que l'eau fraîche,
une nourriture saine ou l'exercice physique. Les scientifiques
confirment ainsi
les théories libertaires des hippies des années
1960, des adeptes du New Age et
des disciples du Kama-sutra: les relations intimes avec nos semblables
dissipent les tensions, calment les angoisses, renforcent nos
défenses
immunitaires et allongent de façon spectaculaire notre
espérance de vie.
Pour vivre
vieux, c'est désormais prouvé, il ne faut pas
vivre
solitaire.
|
La molécule qui procure une sensation de plaisir pendant l'orgasme est celle qui favorise le lien unissant la mère et l'enfant au moment de la tétée |
La copulation
bestiale n'est pas seule responsable de ces
bienfaits.
L'empathie joue aussi
son rôle, de même que la bienveillance et
l'attention réciproques, le sentiment de
sécurité procuré par la
proximité de
celui ou de celle avec qui on partage sa vie.
En
étudiant les rouages biologiques de la sexualité,
les
chercheurs ont découvert des mécanismes de
l'attachement qui font de l'homme un
animal social incapable de vivre sans les autres. La
molécule qui procure une
sensation de plaisir pendant l'orgasme - l'ocytocine
- est aussi celle
qui favorise le lien unissant la mère et l'enfant au moment
de la tétée et la
fidélité dans le couple: des rats polygames
auxquels on injecte de l'ocytocine
dans le cerveau deviennent monogames…
La croyance qu'amour et
santé sont antinomiques remonte à très
loin.
Cela commence
dans la Grèce antique. «Quand on lit Aristophane,
raconte l'historienne Hélène Ahrweiler, on a
l'impression que tout le monde
faisait l'amour dans la rue. Eros est déifié et
l'amour est pratiqué de façon
nette, claire, devant tout le monde. Il n'y a pas encore de traumatisme
chrétien.» Mais cette
célébration de Dionysos ne dure pas
très longtemps.
Platon (427-347 av. J.-C.) y met fin. Le philosophe sépare
l'essence et la
matière, puis l'esprit et le corps. Il inaugure un courant
de pensée qui durera
plus de deux mille ans, pour lequel les lois des pulsions physiques
sont contraires
à l'élévation spirituelle. L'usage
excessif du corps est néfaste. Ainsi naît le
concept d'amour platonique.
Le platonisme
nourrira à son tour le christianisme. Les Evangiles
ne condamnent pas la chair, mais les Pères de l'Eglise vont
prêcher non seulement
que la sexualité est contraire au salut de l'âme,
mais aussi que l'amour est
mauvais pour la santé. Pendant près de vingt
siècles, donc, l'amour se fera au
péril de la vie spirituelle. Saint Jean Chrysostome et
surtout saint Antoine
martèlent que l'amour conduit à notre perte. Les
ordres monastiques créés par
saint Antoine, en Egypte, au ive siècle, submergent
l'Occident et en
transforment la culture. Mais la ferveur des premiers moines est telle
que
ceux-ci sont alors frappés d'un mal étrange:
l'acédie (akedia,
en grec). Ayant totalement renoncé à ce qu'on
appelait alors les sens,
c'est-à-dire à tout ce qui peut conduire
à l'amour, ils sont plongés dans une
léthargie si profonde que l'Eglise doit intervenir.
Néanmoins, toute une lignée
de penseurs chrétiens, jusqu'aux sermons
enflammés de l'abbé Bossuet,
continueront de prêcher contre les
péchés de la chair. Bossuet affirme que
«les
spasmes», outre qu'ils abaissent moralement l'homme, lui
portent atteinte
physiologiquement. Et, contrairement aux autres domaines - la
littérature, les
sciences, la pensée politique, par exemple - le
siècle des Lumières n'aura
aucun impact sur cette manière de considérer
l'amour. Sans doute parce que,
jusqu'au milieu du xxe siècle, faire l'amour c'est, souvent,
risquer sa vie.
Littéralement. Pendant des siècles, la syphilis
fut synonyme de mort lente, de
folie et de douleurs atroces. La maladie faisait tellement peur que
l'écrivain
Julien Green raconte dans son
Journal que sa sœur
Eléonore mettait des gants pour lire le roman de
Charles-Louis Philippe Bubu de
Montparnasse, qui évoquait la maladie. Elle
avait peur d'être contaminée par sa seule lecture.
Qu'est-ce qui fait que, soudain,
tout change?
D'abord, on se
défait de la maladie. A partir de la fin de la
Seconde Guerre mondiale, grâce à la
découverte d'Alexander Fleming, la
pénicilline permet enfin de terrasser la syphilis. Ensuite,
on se défait de la
contrainte de la procréation grâce au
contrôle de la fécondité. Pendant des
siècles, tomber enceinte était un
événement assez souvent mortel. En 1964 est
commercialisée la première pilule contraceptive,
sous le nom d'Anovlar:
«Médicament du blocage de l'ovulation»,
explique l'étiquette. Surtout, en 1967,
la loi Neuwirth abroge la réglementation punitive qui
remontait à 1920. Le
nouveau texte pose comme principe le droit à la
contraception et à
l'information. Il aura donc fallu attendre le tout dernier tiers du xxe
siècle
et la maîtrise de la contraception pour enfin dissocier
sexualité et fécondité.
Une révolution. Mieux: une libération. Comme ce
mouvement va de pair avec
l'élévation du niveau de vie, avec une meilleure
alimentation, avec l'arrivée
de la société des loisirs, la conclusion commence
à s'imposer: l'amour est bon
pour la santé.
Oui, il est bon
pour la santé. Et la science, qui en avait laissé
l'exploration aux poètes, aux moralistes et aux philosophes,
en découvre petit
à petit les bienfaits. «L'expérience de
l'amour, de la relation amoureuse à un
autre être - qu'il soit homme ou femme - l'amour filial,
l'amitié même, toutes
ces variations de l'amour sont absolument indispensables, affirme le
psychanalyste J.-D. Nasio (Un
psychanalyste sur le divan,
Payot). Il est la condition sine qua non de notre santé
psychologique.» Les
Grecs, qui ont inventé tous les mots de l'amour -
aphrodisiaque, homosexuel,
hétérosexuel, etc. - en distinguent trois formes: eros,
pour l'amour charnel, agape,
pour l'amour du
prochain, et philia,
pour l'amitié. Chacun est
différent mais tous sont nécessaires à
notre équilibre.
Aimer est un besoin primaire pour
chaque être humain, quel que
soit son âge ou son sexe.
Lorsque ce
besoin d'attachement à un autre être ne peut
être
satisfait, nous pouvons même être conduits
à nous attacher à un objet morbide.
«Sans émotions, nous développons des
maladies psychiques», affirme le
professeur de psychiatrie de l'enfant, Daniel Marcelli (La
Surprise: chatouille de l'âme, Albin Michel).
«On
meurt moins vite du manque d'affection que du manque de
nourriture, mais on en meurt autant», renchérit le
psychiatre David
Servan-Schreiber (Guérir, Laffont).
D'ailleurs, l'amour est indispensable à la survie de
l'espèce. Pendant des
siècles, l'enfant non relié à sa
mère par l'amour pouvait mourir, affirme David
Servan-Schreiber. Ou au moins souffrir dans son
développement. «L'amour est
plus qu'une histoire à la Tristan et Iseut, insiste-t-il.
C'est un besoin
biologique.»
L'amour est donc
un impératif darwinien:
toutes les
créatures recherchent ce qui leur fait du bien et
évitent ce qui leur fait du mal. «Ceux qui
apprennent cela vivent plus
longtemps», affirme J. Gayle Beck, professeur de psychologie
à l'université de
Buffalo (Etat de New York). Que nous soyons ou non doués
pour l'amour - «ce
sentiment proche de l'extase», selon l'expression de Daniel
Marcelli - eros
prolonge notre vie.
Information
rassurante pour ceux qui, là aussi, sont maladroits:
peu importe la qualité de nos relations sexuelles nous en
tirons une foule de
bénéfices.
Dernière
trouvaille en date: des médecins australiens viennent de
découvrir un traitement préventif du cancer de la
prostate particulièrement
efficace. Il permet de réduire de 30% le risque de
développer la maladie qui,
en France, touche chaque année 40 000 hommes. Il ne
s'agit pas d'arrêter
de fumer ni de prendre des vitamines ou des médicaments.
Simplement, il
suffit d'avoir régulièrement des orgasmes.
|
«Faire l'amour au moins trois fois par semaine prolonge l'espérance de vie, en moyenne, de dix ans» |
Des
études scientifiques de plus en plus nombreuses tendent donc
à
confirmer ce que les adeptes de la sagesse tantrique
répètent depuis des
millénaires: le sexe et les relations affectives ne
constituent pas seulement
une source de plaisir, mais aussi un rempart contre la maladie.
On
connaît depuis longtemps les effets du stress sur la
santé,
comme le bouton d'herpès qui fleurit sur les
lèvres quand on est fatigué, l'ulcère
à l'estomac du cadre surmené, les otites
à répétition du
bébé qui vient
d'entrer à la crèche. Ces affections
«psychodépendantes» sont souvent
déclenchées par une diminution des
défenses naturelles liées à l'angoisse
ou au
mal-être.
Janice Kiecolt
et Ronald Glaser, deux médecins de l'université
de
Columbus (Ohio), ont mis en évidence une chute des marqueurs
biologiques de
l'immunité chez les étudiants en
période d'examen, chez les couples en instance
de divorce et les conjoints de cancéreux -
affectés psychologiquement par la
maladie de l'autre.
Toutes les
statistiques démographiques montrent que le taux de
mortalité des gens mariés est plus faible que
celui des non-mariés, qu'ils
soient célibataires, veufs, divorcés ou
séparés. «La perte du conjoint
entraîne,
pour le survivant, une forte augmentation du risque de
décéder dans l'année qui
suit, explique Patrick Festy, chercheur à l'Ined. La
surmortalité des veufs est
de 90% supérieure à celle des hommes
mariés. Cette différence tend à
s'estomper
avec le temps, mais, en l'absence de remariage, l'état de
santé des veufs reste
plus fragile.»
Si le stress affaiblit
l'organisme, l'amour au contraire le
solidifie et prolonge l'existence.
Selon une
étude publiée en 2000 par le
British Medical Journal, les personnes qui font
état d'une «vie
érotique» satisfaisante souffrent moins
fréquemment de diabète, d'hypertension
et de maladies cardio-vasculaires.
Le sexe, comme
la course à pied, est un sport qui prévient
l'accumulation des graisses dans l'organisme et aide à
éliminer les toxines.
«Faire
l'amour au moins trois fois par semaine prolonge
l'espérance de vie de dix ans en moyenne», affirme
le Dr David Weeks, chercheur
au Royal Hospital d'Edimbourg, en Ecosse. Il est arrivé
à cette conclusion
après avoir épluché l'histoire
médicale de 3 500 personnes de 18 à 102 ans.
Le sexe
guérit même le mal de tête, si l'on en
croit une étude de
la Rutgers University (New Jersey), estimant que l'effet d'un orgasme
est
identique à celui de deux aspirines. Car, durant l'acte
sexuel, le cerveau
produit en abondance des endorphines,
équivalents naturels des opiacés
comme la morphine, qui ont un puissant effet analgésique et
relaxant. Voilà
enfin un argument imparable pour répondre à la
fameuse phrase: «Pas ce soir,
chéri, j'ai la migraine» …
Mieux: avoir des
rapports sexuels réguliers nous rendrait
également intelligents, soutient Werner Habermehl, de
l'Institut de recherche
médicale de Hambourg, car ils augmentent la production
d'adrénaline et de
cortisol, deux stimulants de la matière grise.
Daniel Siegel,
professeur de psychiatrie à l'Université de
Californie à Los Angeles, a montré comment les
expériences d'attachement
influencent les émotions et façonnent le
développement et la maturation du
système nerveux.
«Le
cerveau est un organe social dont le développement est
déterminé autant par la
génétique que par les interactions sociales,
affirme-t-il. L'esprit ne se constitue pas tout seul, mais par les
expériences
du monde extérieur et les relations avec les autres.
La conscience de
soi n'est pas quelque chose d'inné, résultat d'un
quelconque processus interne dans le cerveau, mais quelque chose qui
est
perpétuellement recréé dans
l'interaction avec l'entourage.»
Le sexe, mais
aussi les relations d'intimité que nous entretenons
avec nos semblables - conjoints, parents ou amis proches - influencent
profondément le fonctionnement des organes, modulent notre
humeur et influent
sur les mécanismes de défense contre les maladies.
Le cerveau, le
système immunitaire et le système endocrinien
interagissent les uns avec les autres et la compréhension de
leurs rapports a
même donné naissance à une nouvelle
discipline, la neuro-psycho-immunologie.
«Vivre
à deux, c'est s'enrichir en se confrontant à
l'autre,
explique Robert Dantzer, directeur de l'unité de recherches
en neurobiologie
intégrative de l'Inserm, à Bordeaux. Les couples
n'échangent pas seulement des
caresses et des idées, mais aussi des micro-organismes.
L'exposition aux agents
pathogènes et à la flore de son compagnon ou de
sa compagne peut être une
source d'infections, mais aussi une stimulation pour le
système immunitaire,
dont le spectre s'élargit grâce à cette
confrontation.»
Ce qui est vrai
pour les microbes l'est également pour les
sentiments, dont les variations affectent le comportement, nos
fonctions
physiologiques et nos capacités de résistance aux
maladies.
Mais comment et pourquoi
devient-on amoureux?
On commence
à peine à comprendre les mécanismes
chimiques et
neurologiques qui commandent les pulsions sexuelles, et ceux qui sont
responsables de l'attachement, de l'affectivité et de
l'empathie envers les
autres. En cherchant à décrypter les
mystères de la libido, on a fait des
découvertes étonnantes sur l'amour, celui qui
s'écrit avec un grand A. Les
chercheurs distinguent aujourd'hui trois formes d'amour:
- le
désir sexuel, qui nous pousse à copuler,
- l'amour
romantique, c'est-à-dire la passion pour une personne
particulière,
- et
l'attachement à long terme, qui nous incite à
vivre en
couple.
Ces trois
variantes font appel à des processus neurobiologiques
distincts hérités de l'évolution, avec
chacun ses propres motivations et ses
propres modes de fonctionnement émotionnels. Ce qui peut
avoir des effets
dangereux.
«Vous
pouvez ressentir un sentiment d'attachement à
l'égard de
votre épouse, explique l'anthropologue Helen Fisher, de
Rutgers University,
tout en étant amoureux d'une autre personne et sexuellement
excité par une
troisième: cela ne fait pas pour autant de vous un
monstre.» Bonne nouvelle.
Le désir sexuel est
une pulsion primitive destinée à assurer la
reproduction de l'espèce.
Son apparition
est notamment commandée par la testostérone, une
hormone secrétée par les testicules et les
glandes surrénales, qui,
contrairement à une idée reçue, n'est
pas spécifique aux mâles, mais est aussi
produite par les ovaires féminins. A l'inverse, une grande
partie de la
testostérone produite chez les hommes est convertie en
œstrogènes (hormones
dites féminines) dans l'hypothalamus. La
testostérone agit dans le cerveau en
stimulant toute une série de neuromédiateurs qui
déclenchent à leur tour, chez
l'un et chez l'autre sexe, une cascade de
phénomènes physiologiques destinés
à
permettre l'accouplement: accélération du pouls
et de la pression sanguine,
gonflement de la verge et du clitoris, sécrétions
vaginales… Si sa production
s'en trouve bloquée pour quelque raison que ce soit -
âge, traitement médical…
- les hommes ne peuvent pas avoir d'érection et les femmes
restent frigides.
Le
nœud du désir loge dans un minuscule noyau de
matière grise
situé près de l'hypothalamus, le septum. Il
constitue le centre de commandement
de l'orgasme. Des chercheurs ont implanté dans le cerveau de
rats de minuscules
électrodes qui pouvaient stimuler leur septum en poussant un
levier. Les rongeurs
sont devenus possédés, s'administrant des
décharges jusqu'à 5 000 fois par
heure, en oubliant même de manger et de boire.
Le septum fait
partie du système limbique, une région clef du
cerveau qui coordonne les émotions, la libido, la
reconnaissance des visages et
de la filiation. C'est aussi le siège du
«système de récompense»
associé à la
satisfaction des besoins vitaux comme la nourriture et la reproduction.
Lorsque
nous mangeons ou copulons, cette aire envoie au système
nerveux des signaux de
plaisir et de satiété que l'on cherche
à répéter. Le système
limbique était
considéré il y a quelques années par
les chercheurs comme le siège des réflexes
primitifs; il apparaît aujourd'hui comme un centre
d'aiguillage complexe qui
traite les signaux émis et reçus par
différentes parties du cerveau et où se
croisent les émotions et les raisonnements. Il est
responsable du traitement
des informations sociales, le «nœud»
où s'élabore la conscience de soi,
l'évaluation des significations, la coordination des
systèmes biologiques et
l'activation du désir sexuel.
|
Mais l'amour est
bon aussi, plus prosaïquement, parce qu'il nous rend meilleurs |
En 1996, Helen
Fisher a étudié, à l'aide d'une
caméra à positons,
le cerveau de 7 hommes et 10 femmes se disant éperdument
amoureux. La
chercheuse leur a projeté une photo de leur
bien-aimé(e), intercalée avec des
portraits d'inconnus. Elle a ainsi découvert que la zone
activée à chaque
apparition de l'image sensible recouvrait l'aire du cerveau qui
répond
normalement à la prise de drogues euphorisantes comme la
cocaïne ou les
amphétamines. Observation qui a été
confirmée plus tard par des analyses
biologiques montrant que le cerveau des amoureux, comme ceux des
drogués,
sécrète de grandes quantités de dopamine,
un neuromédiateur stimulant
qui déclenche des sensations d'euphorie et de
bien-être.
L'amour, en
d'autres termes, met en œuvre les mécanismes
neuronaux
responsables de l'addiction et provoque les mêmes
symptômes que chez les
toxicomanes: perte d'appétit, hyperactivité,
manque de sommeil…
Autre constat
biologique qui fera plaisir aux femmes qui se
plaignent du manque de sensibilité de certains hommes: les
hommes amoureux ont
un niveau de testostérone nettement plus bas que la normale,
alors que chez les
femmes il est plus élevé, comme si leur idylle
rendait les premiers plus
féminins et les secondes plus masculines.
Encore plus
curieux: en utilisant des techniques d'imagerie
médicale, deux chercheurs d'University College, à
Londres, Andreas Bartels et
Semir Zeki, ont montré que les circuits neuronaux
associés au sens critique et
au jugement social sont anesthésiés chez les
sujets amoureux, ce qui leur évite
de voir les défauts de leur bien-aimé(e). Une
confirmation par la science du
vieil adage selon lequel l'amour rend aveugle.
Le
problème - ou l'avantage - du sentiment amoureux est qu'il
s'agit d'un état instable et passager. Au bout de quelque
temps, la production
de dopamine (hormones du désir) et des endorphines
(hormones
du plaisir) responsables
de la sensation de plaisir associée à
l'être cher diminue et le désir
s'estompe.
C'est le
même effet de tolérance qui pousse les toxicomanes
à
augmenter les doses de drogue auquel leur organisme a fini par
s'habituer.
L'euphorie cède alors le pas à
l'indifférence, voire à la
désillusion, car les
circuits du sens critique mis en sommeil par le coup de foudre se
réveillent en
faisant apparaître les défauts de l'être
aimé. L'amoureux n'a plus alors
d'autre choix que de changer de partenaire pour retrouver l'excitation
de la
passion ou bien de passer à la troisième forme
d'amour, celui des vieux
couples.
L'attachement
à long terme est en effet une forme d'affection qui
semble avoir été mise au point par la nature afin
de permettre d'élever des
enfants, tâche qui nécessite la
coopération des deux parents sur une longue
période. Cet état se caractérise par
un sentiment de calme, de sécurité, de
confort social et émotionnel. Il est lié
à la production d'ocytocine,
une hormone qui favorise les contractions de l'utérus lors
de l'accouchement
ainsi que la lactation. Celle-ci agit dans les parties du cerveau
responsables
de la reconnaissance des visages et de l'identification des individus
familiers. Cette molécule joue un rôle essentiel
dans le lien qui relie la mère
à l'enfant, mais elle est aussi active chez le
père. La psychiatre Kathleen
Light, de l'université de Caroline du Nord, a
montré que le niveau d'ocytocine
augmentait chez l'homme et chez la femme lorsqu'ils s'embrassent, se
touchent
ou simplement regardent des films romantiques. C'est elle qui nous
incite à rester
avec notre partenaire lorsque nous nous réveillons
après une nuit d'ébats. Sa
production chez le bébé dépend des
caresses qu'il reçoit. Pour que les
récepteurs d'ocytocine se mettent en
place dans le cerveau, il faut que
le lien mère-enfant ait été
satisfaisant. Toute manifestation de tendresse
physique (caresses, massage, embrassades) fait aussitôt
grimper son taux, ce
qui augmente le plaisir et l'envie de vivre à
côté de celui ou de celle qui les
prodigue. «L'ocytocine est un antistress
puissant qui a probablement un
effet dopant sur le système immunitaire, explique Lucy
Vincent, docteur
en neurosciences, qui vient de publier
Comment devient-on
amoureux? (Odile Jacob). Les rats auxquels on injecte
cette molécule
tolèrent mieux la douleur et cicatrisent plus
facilement.» Cela tient aux
molécules du bien-être que le cerveau
relâche durant l'activité sexuelle et
l'orgasme, mais aussi au cours de toutes les relations affectives et
des
interactions sociales.
Mais l'amour est bon aussi, plus
prosaïquement, parce qu'il nous
rend meilleurs.
«Parce qu'il nous rassure, nous valorise, nous fait du bien,
explique la psychologue Marianne Salleron, de l'Association
française des
centres de consultation conjugale. L'amour nous rend
créatifs, il nous permet
d'agir. Il développe la
générosité, la tendresse, l'envie
d'apprendre, de
découvrir, d'être en contact avec la
vie.» De plus en plus, les philosophes et
les psychologues s'intéressent à l'impact de
l'amour au-delà des deux êtres
concernés. Ce sentiment, selon eux, fait
également du bien à la communauté dans
laquelle vivent et agissent ceux qui s'aiment. «Une relation
consciente,
explique le psychanalyste américain John Welwood (Journey
of the Heart: the Path of Conscious Love, Perennial), peut
être un
véhicule pour régénérer
l'âme dans notre culture, pour redécouvrir la
communauté et le sacré dans la vie quotidienne.
Parler vrai et écouter l'autre
avec respect, c'est le début du vrai dialogue, ce qui est
précisément ce dont
le monde a le plus besoin au niveau collectif.» Bref, en
ajoutant l'amour au
désir, nous touchons presque au divin. C'est
«l'âme-our», comme le dit le
psychanalyste Jean-Pierre Winter. Le bonheur suprême.
Chaque jour, dans
le
monde, 240 millions de personnes ont des rapports sexuels, selon Judith
Mackay,
médecin américaine conseillère
auprès de l’Organisation mondiale de la
santé.
Le chiffre fait de l’effet. Mais pas tant que ça,
rapporté aux 6,3 milliards
d’hommes et de femmes qui peuplent la planète !
Heureusement, jamais en retard
d’une vantardise, les Français sauvent
l’honneur en déclarant deux ou trois
rapports sexuels par semaine, soit 144 fois par an. Las, les Hongrois
seraient
nettement plus performants avec 152 coïts annuels.
Source : http://www.lexpress.fr
De : Charles, Stehli
mardi
L’image de la
sexualité a
évolué et aujourd’hui, celle-ci ne peut
être réduite à la seule fonction de
reproduction. La nature n’a-t-elle pas pris aussi la peine de
créer des organes
spécifiques liés au plaisir ?
En effet, la nature nous a
doté de substances chimiques, les
neuromédiateurs, circulant dans notre cerveau
afin de nous permettre de ressentir désir et plaisir.
Pourtant, il semble que
l’autorisation de parler du plaisir et du désir,
même et surtout dans
l’intimité du couple, ne nous a pas toujours
été donnée. Plaisir et
désir
sexuels sont souvent des énigmes, voire des tabous.
Entre désir et
plaisir,
des mécanismes neurologiques différents
Les découvertes
récentes
des neurosciences nous aident à mieux comprendre les
différences entre le
plaisir et le désir, dont les mécanismes
neurologiques semblent très
différents. « Sous l’effet du
désir, le regard est concentré, le corps tendu,
le ventre serré et l’attente presque douloureuse.
Sous celui du plaisir, les
muscles se relâchent, le corps s’abandonne, le
regard devient flou, le temps se
dilue ». Cette description est celle du Pr David
Servan-Schreiber,
psychiatre aux Etats-Unis . Dans un article publié dans la
revue psychologie
magazine, il explique : « C’est le comportement
paradoxal des toxicomanes qui a
mis les chercheurs sur la piste. La première dose de
cocaïne ou d’héroïne
procure une vague de plaisir intense. Mais cette première
expérience ne se
répète presque jamais. Pourtant, le
désir pour la drogue continue d’augmenter
avec l’usage… »
La dopamine, hormones du
désir. Les endorphines, hormones du plaisir
Le Pr David
Servan-Schreiber explique plus loin que la dopamine est
« le transmetteur
chimique du cerveau qui est le carburant de l’action :
l’afflux de dopamine
induit en effet un état d’activation du corps et
de l’esprit qui prépare à agir
». La montée du désir serait donc
provoquée par une bouffée de dopamine dont la
libération procure une sensation
d’énergie et de puissance qui permet alors de
s’imposer aux autres et d’obtenir ces «
objets du désir » que le partenaire
sexuel incarne.
Les endorphines sont des
petites molécules,
sécrétées par le cerveau et leur effet
ressemble à celui de
l’opium, « elles induisent calme et
plénitude, un sentiment de satisfaction
avec l’état des choses…
d’où le désir est absent ».
Une harmonie souvent
rompue entre désir et plaisir
David Servan-Schreiber
émet l’hypothèse que « ce qui
complique tout, c’est le bouleversement de
l’équilibre entre ces deux systèmes par
les stimulations artificielles. Drogue,
pornographie, cigarette ou crème glacée
court-circuitent en effet l’harmonie
entre désir et plaisir ». Le résultat
serait donc une hyperstimulation du désir
alors que la possibilité d’accéder au
plaisir diminue. Un « gouffre » entre
plaisir et désir serait donc en train de se
créer. Selon lui, l’équilibre entre
désir et plaisir reste l’une des grandes
clés de l’équilibre
émotionnel.